Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 08:29
LECTURE DE CONFINEMENT

 

Pendant ce second confinement, je vous invite à un voyage exotique et immobile sur l’île papillon, pour y découvrir les paysages, la faune et la flore de la Guadeloupe avec pour guide Toussaint Louverture, un chat créole. Un road movie antillais qui vous emporte loin de chez vous sans en sortir. Du 1er au 30 novembre 2020 vous pourrez lire quatre chapitres, avec un passage par jour, de mon 3ème roman félin « TROPIQUE DU CHAT » (ISBN: 979-10-348-1430-5 / Christine LACROIX) sorti au printemps dernier chez Evidence éditions, et disponible en broché et en ebook. Et quand la culture sera de nouveau à notre portée, vous aurez peut-être envie de lire la suite.

Toussaint Louverture est un général de cavalerie né en 1743 à Saint-Domingue. En 1791 il posa la première pierre d'une nation noire indépendante en Haïti. Toussaint Louverture c’est aussi le héros de «Tropique du chat». Un «Cat-ribéen» qui raconte son île d’azur et de jade à travers ses yeux de félin. Blanchette est une petite chatte métropolitaine qui vit sa deuxième vie en gris, et rêve de lapis-lazuli et d’émeraudes. Sept mille kilomètres d’océan les séparent. Mais le destin se moque des distances…

3ème chapitre :

 

Blanchette

Grismace a dix ans et je suis sa neuvième portée. Elle a eu trente-deux enfants et les a tous perdus de vue. Elle n’a jamais eu l’esprit de famille. Certains étaient de véritables clones, d’autres, comme moi, ne lui ressemblaient guère. Elle ne s’en est jamais formalisée. Elle n’a jamais rejeté un chaton parce qu’il était rouquin, ébène ou écaille de tortue.

Elle n’a jamais déménagé depuis sa naissance dans ce même lieu. Sa mère est morte écrasée sur le ruban anthracite, au bout du terrain, cinq semaines après sa naissance, elle avait tout juste commencé à ingurgiter des aliments solides. Seule dans la vie dès son plus jeune âge, elle n’a toujours compté que sur elle-même. Elle a repris l’ancienne nursery de sa mère, elle s’est rapprochée des deux pattes vivant dans la grande bâtisse beige, mais en gardant toujours ses distances et son indépendance. Elle a déjà visité la maison, mais toujours en leur absence ou à leur insu, en passant par le soupirail du sous-sol.

Elle est tombée pour la première fois enceinte à huit mois, elle donna naissance à un petit tigré et à une chatte uniformément grise et, depuis neuf ans, elle élève une nouvelle portée tous les ans. Je ne suis pas le premier chaton blanc qu’elle nourrit, mais je suis sa première adoption.

Pourtant, c’est la deuxième fois qu’elle perd entièrement sa portée. Lors de ses trois premières mises bas, tous ses rejetons sont restés jusqu’à la majorité, à la quatrième, un phénomène inexplicable s’est produit, elle a égaré tous ses enfants, sauf un mâle blanc et noir qu’elle a éduqué jusqu’au sevrage. Mais, lors de ses deux dernières naissances, les quatre chatons qu’elle avait mis au monde se sont volatilisés en pleine nature, à peine nés, les yeux encore clos sur le monde. Elle ne se l’explique pas. En fait, c’est surtout le deux pattes de la grande bâtisse, à qui elle les avait confiés, qui les a égarés. En tout cas, c’est la première fois qu’elle trouve un chaton de substitution pour remplacer les siens disparus, et c’est tombé sur moi.

Je ne m’en plains pas. Une maman pour moi toute seule, c’est une aubaine. Les chattes, sauf accident, ont toujours une ribambelle de rejetons accrochée à leurs mamelles. Moi, je peux choisir n’importe quel bonbon rose acidulé qui orne le dessous de son ventre. Je ne me prive pas, je me sers toute la journée à cette outre de lait concentré. Sybarite au royaume des chats.

Six jours que j’ai mal aux dents ! À ma naissance, je n’en avais pas, mais, depuis mon quatorzième jour de vie, mes incisives et mes canines de lait poussent. Dans un mois, j’aurai vingt-six dents ; à quatre mois, mes incisives adultes et, le mois suivant, les canines définitives apparaîtront ; au septième mois, j’aurai toutes mes dents, trente en tout. Je n’ai pas fini de souffrir !

Grismace, elle, n’en a que vingt-neuf, elle a perdu une incisive dans sa prime jeunesse, elle ne se rappelle plus comment, mais elle ne l’a jamais retrouvée et n’a jamais pu la donner à la petite souris pour se faire consoler ; de toute façon, plus un muridé ne se risque dans un rayon de trois cents mètres autour du moulin, avec tous ces chatons qui traînent leurs coussinets dans le quartier, ils ont tous déserté.

J’essaie de faire mes dents sur les tétines de ma génitrice, elle me mordille les oreilles ou la base du cou à intervalle régulier pour me rappeler à l’ordre. À quatre semaines et demie, je goûterai les aliments solides et, à trois mois, c’est sûr, je n’aurai plus le droit de téter, mais j’essaierai quand même.

Je ronge les brindilles à portée de crocs pour exorciser le mal. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, j’ai trois semaines. Je m’intéresse à mon environnement proche, j’observe, de mes magnifiques yeux des mers arctiques, le monde qui m’entoure. Pas un chaton ne peut s’enorgueillir d’avoir des yeux azur d’une telle intensité. Bon, d’accord, je me vante un chouïa, je sais que tous les chatons ont les yeux bleus à la naissance et les garderont jusqu’à deux mois, mais ensuite leur vie se teintera de céladon, d’ambre ou de topaze ; les miens, eux, resteront bleus, j’en suis persuadée et je vivrai toute ma vie couleur saphir.

J’ai pris du retard dès ma naissance, sauf pour les dents. Sous-alimentée, affaiblie, apathique, je ne me développe pas normalement. Je suis chétive et je le resterai d’ailleurs toute ma vie. Plus petite que la moyenne, plus indolente, je ne manque pourtant pas de volonté de vivre. Mon existence a véritablement commencé à l’âge de onze jours, il m’a fallu trois jours de soins intensifs pour avoir envie de revivre. J’ai perdu deux semaines de vie.

La langue râpeuse me lèche méticuleusement, je ne suis pas encore propre. Comme tous chatons nouveau-nés, je ne sais pas me servir d’une litière, c’est une des choses que ma mère doit m’apprendre. Je me soulage donc là où je me trouve et c’est Grismace qui nettoie. Tous les jours, elle me prend dans sa gueule, à la base du cou, serrant juste assez pour ne pas me blesser, mais suffisamment pour m’empêcher de chuter. Je me laisse faire sans broncher. Elle me déplace un peu plus loin sur ma literie paillée, dans un endroit propre et frais. Puis elle revient pour remuer les brins et recouvrir mes salissures.

Vous allez me demander : comment fait-elle pour trouver un brin de paille non souillé après huit portées dans un même lieu ? En fait, au fil des mois, la paillasse sèche complètement, elle perd son odeur âcre et est de nouveau utilisable. Si le paillis est vraiment trop souillé et irrécupérable, Grismace le balance d’un coup de patte discret à l’étage du dessous. Heureusement que nous sommes les seuls locataires de ce duplex. Ma nourrice, elle, fait ses besoins au-dehors.

Aujourd’hui, j’ai assez de force pour me dresser sur les pattes. Je tremble des quatre membres et je m’écroule sur le fourrage ; je me redresse à nouveau et avance deux pattes avant de faire un roulé-boulé dans le foin. Je persévère encore et encore.

Quand Grismace revient de sa virée crépusculaire, je suis à dix mètres de mon nid douillet, oscillant sur mes coussinets comme sur le pont d’un navire ; je gîte d’un côté et de l’autre. Je fais quelques pas chancelants vers ma maman, la démarche chaloupée, branlante. J’ai décidé de faire face à l’adversité.

La mère chatte me ramène dans sa gueule et me dépose délicaTement à l’emplacement exact, dans le creux de ma couche, là où la paille a été malaxée, remuée, façonnée avec amour. Elle me gronde doucement et me nettoie consciencieusement comme si je revenais d’un voyage au long cours. Elle me regarde avec tendresse, admirative. Je fais écho à son ronronnement. Je sais qu’elle est fière de moi.

Chaque jour, je fais des exercices de marche. Je suis de plus en plus solide sur mes coussinets, je trouve de l’assurance. Grismace lance des petits cris d’encouragement, moi, je couine de satisfaction. Je déambule en long, en large et en travers. J’ai visité toute la mezzanine. Je fais même mes besoins là où la soupente est la plus basse, là où Grismace ne peut même pas se glisser. J’ai appris à recouvrir avec la paille et la poussière millénaire accumulées à cet endroit. J’ai obtenu mon diplôme de propreté.

 

1er chapitre :

http://chat-pitre.over-blog.com/2020/11/lecture-de-confinement.html

2ème chapitre :

http://chat-pitre.over-blog.com/2020/11/tropique-du-chat.html

 

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Jouet Matheo 23/11/2020 02:08

Jolie blog, au plaisir de vous voir sur mon blog. https://jouet-matheo.blogspot.com/

Présentation

  • : Le blog de CHAT PITRE
  • : AUTEURE DE ROMANS FELINS EDITEE CHEZ EVIDENCE EDITIONS FRANCE LOISIRS ET CITY EDITIONS
  • Contact

  • CHAT PITRE
  • Passionnée de chats, je les photographie et je les romance.
  • Passionnée de chats, je les photographie et je les romance.

LIENS VERS MES ROMANS FELINS

 

Mon 3ème roman félin TROPIQUE DU CHAT chez évidence éditions

https://www.amazon.fr/dp/B084NYFSRL/ref=dp-kindle-redirect?_encoding=UTF8&btkr=1

 

 

Mon 2ème roman : ATTILA, le curieux chat voyageur chez City éditions

nouvelle version avec une préface de Brigitte Bulard-Cordeau

 

Les fantastiques aventures de Surcouf chez City éditions

 

 

 

 

 

LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF

"LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF"
mon 1er roman félin

LIEN VERS LE LIVRE : http://livre.fnac.com/a7889954/Christine-Lacroix-Les-fantastiques-aventures-de-Surcouf-le-Chat

Mon mail : surcouf.galaup@gmail.com

 

 

Catégories