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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 09:01
LECTURE DE CONFINEMENT

 

Pendant ce second confinement, je vous invite à un voyage exotique et immobile sur l’île papillon, pour y découvrir les paysages, la faune et la flore de la Guadeloupe avec pour guide Toussaint Louverture, un chat créole. Un road movie antillais qui vous emporte loin de chez vous sans en sortir. Voilà la totalité du 1er chapitre.

Du 1er au 30 novembre 2020 vous pourrez lire quatre chapitres, avec un passage par jour, sur Linkedin https://www.linkedin.com/in/christine-lacroix-505b1658/ de mon 3ème roman félin « TROPIQUE DU CHAT » (ISBN: 979-10-348-1430-5 / Christine LACROIX) sorti au printemps dernier chez Evidence éditions, et disponible en broché et en ebook si vous êtes impatient de lire la suite. Et quand la culture sera de nouveau à notre portée, vous aurez peut-être envie de le lire en entier.

Résumé : Toussaint Louverture est un général de cavalerie né en 1743 à Saint-Domingue. En 1791 il posa la première pierre d'une nation noire indépendante en Haïti. Toussaint Louverture c’est aussi le héros de «Tropique du chat». Un «Cat-ribéen» qui raconte son île d’azur et de jade à travers ses yeux de félin. Blanchette est une petite chatte métropolitaine qui vit sa deuxième vie en gris, et rêve de lapis-lazuli et d’émeraudes. Sept mille kilomètres d’océan les séparent. Mais le destin se moque des distances…

1er chat pitre

Blanchette

Étouffée, écrasée, piétinée, bousculée, je n’arrive plus à respirer. Je suis recouverte d’une couverture poilue, des pieux me rentrent dans les côtes, je recule devant les ruades, submergée par cette multitude féline. Dernière-née d’une fratrie de six, je n’arrive que rarement à atteindre la tétine rose qui m’est destinée. Acculée dans un recoin du landau, je regarde mes frères et ma sœur s’abreuver aux mamelles de ma génitrice, avec ma vision toute neuve.

Huit jours que j’étais aveugle, mais, comme tous les chatons, je vois enfin le monde qui m’entoure ; ça va sûrement m’aider à trouver les tétines dans la cohue. Quelques heures plus tard, j’essaie à nouveau de percer cette mêlée compacte, mais sans résultat. Je m’épuise dans ces combats pour la survie. À peine née, je dois déjà me battre pour exister. Apathique, désarmée, affaiblie, je baisse la garde. Je m’éteins loin des mamelles nourricières. Je me blottis au cœur de l’arabesque que ma mère dessine avec le bout de sa queue.

Je suis en lévitation, ballottée, désorientée, sans vie. Déposée dans une cavité du fossé, à même le sol, je hume l’herbe verte. L’humidité me revigore, une perle de rosée me tombe sur le museau quand je bouge une oreille. Je pousse mon cri de chaton perdu, seul chant que je connaisse à l’aube de cette nouvelle existence ; trop tard, ma mère a disparu dans les fourrés. Comment maman Luth a-t-elle pu m’abandonner au bord de ce chemin vicinal ? Elle m’a cru morte, elle s’est débarrassée de ce fardeau trop encombrant et sans avenir. Je me remets à couiner sans discontinuer, puisant dans les dernières forces qu’il me reste, puis je m’écroule, sans vie, pour la deuxième fois de ma courte existence.

Une langue râpeuse sur mon petit museau rose me ramène à la vie. Je me retrouve de nouveau en lévitation, transportée délicatement dans la gueule d’une vieille chatte inconnue à l’allure déjetée. Après un court trajet et une ascension vers les hauteurs, elle me dépose au creux d’une botte de paille, à l’abri des regards, dans une construction à l’écart. Elle lèche chaque centimètre carré de mon corps frêle, m’enduisant de son odeur, s’imprégnant de la mienne, puis elle m’incite de la tête à attraper l’un des bonbons roses tout gonflés qui ornent son ventre, un liquide tiède et douceâtre me coule dans la gorge. Son ronronnement vibre agréablement à mes oreilles, j’y fais écho. Je rampe vers la deuxième tétine, puis vers la troisième, je veux toutes les essayer, mais je m’endors repue avant d’avoir atteint la quatrième.

Ma nouvelle génitrice est toute grise ; moi, je fais tache, couchée entre ses pattes anthracite avec ma livrée ivoire. Elle ne semble pas s’en soucier, elle a du lait à revendre. Elle ne l’explique pas encore : ses quatre chatons ont disparu sitôt sortis de son ventre ? Elle les avait présentés à ses maîtres qui habitent la grande maison beige que l’on aperçoit au loin. Confiante, elle avait laissé l’homme les prendre dans sa paume, il s’était éloigné avec, elle était inquiète, mais a attendu docilement son retour et il n’est jamais revenu avec les petits. Elle les a cherchés pendant des jours et des nuits, en fait, deux aubes et deux crépuscules et elle est tombée sur moi, Blanchette, petite boule de poils blancs donnée pour morte et abandonnée au bord de la sente par sa maman Luth.

Son instinct lui dicte de ne pas dévoiler, cette fois, ma présence aux deux pattes, c’est pour cela qu’elle me garde cachée au sein de la botte de paille et qu’elle me recouvre même de brins jaunes dès qu’elle s’éloigne ; car, tous les soirs, elle file vers la grande bâtisse sans moi et me rejoint au cours de la nuit.

Recroquevillée contre le flanc de la chatte esseulée, mes tremblements ont cessé. Je malaxe, de mes minuscules pattounes, le ventre ouaté de ma nourrice et je pousse des petits cris de satisfaction. J’ai repris le cours de mon existence là où je l’avais abandonné ; je tète, je dors, je me fais toiletter, mais sans les bousculades de ma vie d’avant. Ma mère d’adoption, elle, ronronne tellement fort que mes oreilles bourdonnent. Je suis aux anges !

J’ai adopté un régime hypercalorique, en quelques jours, j’ai prendre deux cents grammes, je suis toute ballonnée, ce qui ravit ma nourrice. Si mon statut de chaton unique a des inconvénients : quand ma mère s’en va, je reste seule et je ne profite pas des jeux et des chamailleries entre frères et sœurs, les avantages d’être le seul rejeton de la famille compensent largement : accès illimité aux mamelles, une maman chatte aux petits soins, de l’espace pour dormir, des léchouilles en abondance, les jouets toujours disponibles comme les oreilles ou la queue, de la chaleur et de l’amour à profusion. J’ai perdu une fratrie, mais j’ai gagné une mère poule. Enfin, façon de parler !

L’ancien moulin délaissé est spacieux, sans rapport avec mon précédent logement : une petite remise au fond d’un jardin, mais le but est le même, nous cacher aux yeux des humains et des mâles en maraude. La femelle m’a déposé à l’étage sur de la paille qu’elle a rassemblé avec ses pattes pour façonner un nid douillet. Des murs épais pour isoler, des meurtrières tout autour pour ventiler, une toile bleue plastifiée en remplacement des tuiles envolées, pour protéger des intempéries, donnant l’illusion d’un éternel ciel azuré, tel est mon nouveau logis.

L’odeur qui domine est celle de la colombe en robe des champs, élevée aux grains, qui avait confondu le moulin avec un pigeonnier. Elle a quitté les lieux, laissant et pour cause la place à la nursery de ma maman d’adoption et à ses nombreuses progénitures successives. La deuxième fragrance est celle du froment.

Je suis passée de la quadrichromie à la monochromie. Dans le monde actuel, c’est plutôt le contraire qui se passe ; le progrès est de laisser les couleurs envahir notre vie. Ma première maman portait une robe écaille de tortue où l’ocre, le fauve, la rouille se disputaient avec le blanc, le brun et le terre de Sienne. Deux pupilles d’ambre ornaient sa face, elle se prénommait Luth et m’avait baptisée Blanchette. La nouvelle s’appelle Grismace, à cause de sa fourrure laineuse gris souris et de ses yeux vairons : une améthyste à droite et un jade à gauche, déconcertant celui qui les fixe. Mais, de toute façon, regarder un chat droit dans les yeux est indécent. Moi, je suis toute blanche comme la banquise avec des yeux bleus des mers arctiques comme l’œil droit de ma maman de substitution ; mon poil est angora, car ma véritable mère a fauté avec la noblesse : un british shorthair, Boule de neige, pedigree en poche

Manquant d’imagination, ma nouvelle nurse décide de conserver mon premier nom de baptême « Blanchette ». Ce nom me suivra toute ma vie, exception faite d’un court intermède.

 

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commentaires

Béa kimcat 07/11/2020 19:13

Bel extrait !
Bises Christine

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  • : AUTEURE DE ROMANS FELINS EDITEE CHEZ EVIDENCE EDITIONS FRANCE LOISIRS ET CITY EDITIONS
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  • Passionnée de chats, je les photographie et je les romance.
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LIENS VERS MES ROMANS FELINS

 

Mon 3ème roman félin TROPIQUE DU CHAT chez évidence éditions

https://www.amazon.fr/dp/B084NYFSRL/ref=dp-kindle-redirect?_encoding=UTF8&btkr=1

 

 

Mon 2ème roman : ATTILA, le curieux chat voyageur chez City éditions

nouvelle version avec une préface de Brigitte Bulard-Cordeau

 

Les fantastiques aventures de Surcouf chez City éditions

 

 

 

 

 

LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF

"LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF"
mon 1er roman félin

LIEN VERS LE LIVRE : http://livre.fnac.com/a7889954/Christine-Lacroix-Les-fantastiques-aventures-de-Surcouf-le-Chat

Mon mail : surcouf.galaup@gmail.com

 

 

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