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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 09:23
TROPIQUE DU CHAT

 

Pendant ce second confinement, je vous invite à un voyage exotique et immobile sur l’île papillon, pour y découvrir les paysages, la faune et la flore de la Guadeloupe avec pour guide Toussaint Louverture, un chat créole. Un road movie antillais qui vous emporte loin de chez vous sans en sortir. Du 1er au 30 novembre 2020 vous pourrez lire quatre chapitres, avec un passage par jour, de mon 3ème roman félin « TROPIQUE DU CHAT » (ISBN: 979-10-348-1430-5 / Christine LACROIX) sorti au printemps dernier chez Evidence éditions, et disponible en broché et en ebook. Et quand la culture sera de nouveau à notre portée, vous aurez peut-être envie de lire la suite.

Toussaint Louverture est un général de cavalerie né en 1743 à Saint-Domingue. En 1791 il posa la première pierre d'une nation noire indépendante en Haïti. Toussaint Louverture c’est aussi le héros de «Tropique du chat». Un «Cat-ribéen» qui raconte son île d’azur et de jade à travers ses yeux de félin. Blanchette est une petite chatte métropolitaine qui vit sa deuxième vie en gris, et rêve de lapis-lazuli et d’émeraudes. Sept mille kilomètres d’océan les séparent. Mais le destin se moque des distances…

 

2ème chapitre :

Toussaint Louverture

 

Avant, cela faisait clic, clic, clic, maintenant cela fait zii, zii, zii. Avant, ils se cachaient derrière, maintenant, ils le tiennent à bout de bras. Avant, je me sauvais, pensant qu’ils voulaient m’attraper, en fait, ils m’attrapent bel et bien, mais seulement une partie de mon âme. Maintenant, je ne bouge plus.

Il est 17 heures 30, j’attends les pêcheurs sur la bitte d’amarrage, celle à l’extrémité gauche. La perspective est belle, c’est pour cela qu’ils me photographient : moi, le quai des Saintes et à l’horizon, la mer turquoise. La plupart ratent la photo; pensez donc, je suis face au soleil et eux aussi, alors le contre-jour ! Un plot noir, une masse noire posée dessus, deux triangles au sommet : une colonne de Buren aux rayures noires et blanches, rehaussée de deux minuscules pyramidons et c’est tout ! Ceux qui attendent le coucher du soleil ne s’en sortent pas trop mal. Quelquefois, un éclair blanc me lèche la queue et, là, c’est réussi.

Quand les pêcheurs arrivent, je ne les intéresse plus, ils photographient les saintoises et sa cohorte de mauves à tête noire qui les accompagne. Cet oiseau au plumage gris ardoise sur le dos, au ventre blanc, à la tête entièrement noire en cette période nuptiale, au bec et aux pattes d’un rouge foncé est la mouette des Antilles. Les bacs en plastique anthracite, orange, bleu ou vert sont déchargés sur le quai en béton, ils regorgent de poissons blancs, jaunes, rouges ou argentés. Il y en a des petits et des gros, des ailés et des armés, des rayés et des à pois, des vivants et des morts, des comestibles et des succulents. La mer Caraïbe est encore généreuse avec ces travailleurs des flots.

Je suis descendu de mon piédestal et je me suis posté derrière les cageots multicolores ; j’attends. Trois grands gosiers, aux airs de dodos d’un autre temps et à l’allure pataude et débonnaire, sont restés perchés sur des pieux plantés dans l’eau turquoise à deux encablures de la plage et patientent aussi dans la brise de cette fin de journée. Les pélicans bruns, avec leur bec d’accordéoniste, sont des opportunistes, si une des cagettes venait à sombrer dans les vagues, elle ne serait pas perdue pour tout le monde.

Je regarde le ballet des mains. Soudain, une tête de poisson tournoie dans le doux zéphyr, trois clapets se sont ouverts à l’unisson et six prunelles noires bordées d’azur fixent la proie qui virevolte dans les airs, je la rattrape au vol, deux zié (yeux) de roitalibi me supplient, je n’en ai cure, je le mutile encore un peu plus. Un régal. Un barbarin, ou rouget pour les Z’oreilles, trop petit pour la vente, atterrit entre mes pattes, je lui jette un sort. Puis un bout de nageoire caudale effrangée me passe au-dessus de la tête et tombe dans le sable blond ; un chat malingre a déjà bondi derrière mon dos, je fais volte-face, je feule une seule fois, il recule et ne me quitte pas des yeux pendant que je me lèche les babines. Les trois dodos sur pilotis n’ont pas bougé, ils ne m’ont jamais attaqué, pourtant, devant leurs trois mètres d’envergure, je ne ferais pas le poids.

Ce que je préfère, ce sont les pêcheurs à casier avec leur drôle de nasse tressée à la forme biscornue. Ceux-là ramènent le trésor des mers caraïbes : les crabes et les langoustes. Mais ils ne sont guère aimables avec la gent féline. C’est jour de fête quand je trouve une patte délaissée par une bête, car il ne faut pas rêver, jamais à ce jour un seul décapode n’a été lancé dans ma direction par un crabier.

La diversité des ressources halieutiques des Petites Antilles me classe dans la catégorie chat chanceux. La variété des poissons et autres crustacés est telle que je ne peux tous les citer, mais je vais quand même vous donner un aperçu de mes préférés. Celui qui n’aime pas le poisson peut sauter au paragraphe suivant.

D’abord les poissons dit blancs : le mulet, la bonite, le thon, le thazard, le barracuda, le balarou, le coulirou ou chinchard, le macrio et la carangue, uniquement de nationalité martiniquaise, car, en Gwadloup, elle est toxique. Allez savoir pourquoi ? Les poissons dits rouges sont les plus nombreux : la souris, le barbarin ou rouget, le marignan, les patates, le couronné, le roiliroi, le vivaneau, le roitalibi, la vierge, la pague, la sorbe, le vermeil, le grand z’yeux, les sardes et les capitaines, uniquement martiniquais, car eux aussi sont toxiques en Gwadloup et pour finir le fin du fin : le juif. Les bizarres pois- son-coffre et poisson-lune, le minuscule titiri, sa majesté l’espadon et l’effrayant requin complètent le tableau. Mais le plus beau, le plus emblématique, le plus majestueux est sans conteste la dorade moirée or et argent avec son mètre vingt de saveur. Je dois avouer que je n’en ai pas mangé souvent. Je ferais tout aussi bien mon ordinaire de langouste, de lambis ou de chatrou, notre poulpe antillais, mais, là encore, ce n’est pas ma nourriture quotidienne. Vous l’avez compris, je suis fine gueule et j’adooorrre les sushis. Je suis un hédoniste et j’en suis fier. Mais arrêtons de pérorer.

Je patiente, les poissons passent d’un bac à une page de France Antilles, d’une cagette à une paume de main calleuse, d’une table à un panier en feuilles de palme. Des bouts de papier multicolores et froissés changent de main. Un touriste essaie de négocier un prix, mais un local remporte le lot. Une femme blanche se met soudain à crier, des rires colorés fusent, deux tentacules d’un octopode se cramponnent à son avant-bras. Un macrio, trop abîmé s’envole, je le récure jusqu’aux arêtes puis tourne enfin les métatarses, à la grande joie des dizaines de paires d’yeux qui ne m’ont pas quitté du regard depuis que le manège des poissons volants a commencé.

Je suis rassasié, je laisse ma place aux chatons de l’année, frappés d’aboulie, car beaucoup trop frêles pour disputer la pitance d’un mâle entier de six mois leur aîné et deux livres de plus. Je suis repu. Il me faut rejoindre mon repaire pour une sieste digestive bien méritée. Le soleil est couché, mais l’agitation de l’île ne s’éteindra pas avant deux heures. J’ai de longues minutes devant moi avant de m’adonner à mes activités nocturnes.

Je contourne le débarcadère, je longe un amoncellement de filets multicolores emmêlés, de bacs en plastique éclatés, de nasses béantes, de bidons éventrés, de bâches déchirées, de bouées fluorescentes ; je me faufile entre des saintoises aux coques retournées et je file vers une ruelle sans issue, sauf pour moi. Je saute sur le muret au bout de l’impasse et je me retrouve dans la rue principale, je marche dans le caniveau très profond, trente centimètres, qui permet d’évacuer rapidement la pluie des averses tropicales et de garder les pieds des Saintois au sec. Le bar compte peu de clients à cette heure-ci, ils sont encore tous au port, pêcheurs comme acheteurs ; je m’installe sur la chaise au fond du bistrot et ne tarde pas à sombrer dans le sommeil félin.

Je suis secoué de tremblements, je rêve qu’un petit crabe terrestre au corps rouge et à calotte noire vient de surgir de son terrier et me défie de ses petits zié noirs en forme de bouton de bottine. C’est un crabe touloulou, qui vit aux abords des zones sableuses, mais qui ne sait pas nager. Je m’approche, il recule en crabe, comme il se doit, soudain, je bondis et l’écrase de toute la force de mes pattes, la carapace cède dans un bruit sec. Je me délecte de la chair rosée puis je m’enfonce au cœur de la mangrove. Peut-être trouverai-je à me mettre sous les crocs un crabe à barbe, aux pattes velues comme les araignées, aux pinces violettes et ivoire et qui font les délices des repas de Pâques sur les îles antillaises ? Je ne me rappelle pas la suite de mon rêve, mais ce que je suis sûr, c’est que je n’ai jamais mis les pattes dans la mangrove : beaucoup trop humide à mon goût. Enfin jusqu’à ce que je rencontre…

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commentaires

Béa kimcat 14/11/2020 16:21

Trop beau !
Bises Christine et bon WE

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  • : Le blog de CHAT PITRE
  • : AUTEURE DE ROMANS FELINS EDITEE CHEZ EVIDENCE EDITIONS FRANCE LOISIRS ET CITY EDITIONS
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  • Passionnée de chats, je les photographie et je les romance.
  • Passionnée de chats, je les photographie et je les romance.

LIENS VERS MES ROMANS FELINS

 

Mon 3ème roman félin TROPIQUE DU CHAT chez évidence éditions

https://www.amazon.fr/dp/B084NYFSRL/ref=dp-kindle-redirect?_encoding=UTF8&btkr=1

 

 

Mon 2ème roman : ATTILA, le curieux chat voyageur chez City éditions

nouvelle version avec une préface de Brigitte Bulard-Cordeau

 

Les fantastiques aventures de Surcouf chez City éditions

 

 

 

 

 

LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF

"LES FANTASTIQUES AVENTURES DE SURCOUF"
mon 1er roman félin

LIEN VERS LE LIVRE : http://livre.fnac.com/a7889954/Christine-Lacroix-Les-fantastiques-aventures-de-Surcouf-le-Chat

Mon mail : surcouf.galaup@gmail.com

 

 

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